Quatrième ouvrage des éditions Issekinicho, Corée du Nord – Escale photographique a la particularité d’être le premier livre de l’éditeur ayant pour sujet un pays différent du Japon… en l’occurrence la Corée du Nord, l’un des états les plus fermés du monde.

L’auteur de l’ouvrage, Jordy Meow, n’en est pas à son premier coup d’essai. Il a en effet signé chez le même éditeur Nippon no Haikyo, livre dans lequel on pouvait découvrir des clichés de divers lieux abandonnés du Japon. Ici, cependant, l’exercice sera totalement différent pour notre photographe globe-trotter, qui va tenter de nous présenter ce pays particulièrement méconnu.

Durant un peu plus de 140 pages et autant de photos, Jordy Meow va nous prendre à témoin et nous faire découvrir son périple dans ce pays, et plus particulièrement dans sa capitale Pyongyang. Le voyage a été réalisé en février 2012, peu de temps après la mort de Kim Jong-Il.

Corée du Nord escale photographique

Dès les premières pages, le livre s’annonce très intéressant car l’avis de Jordy Meow tranche d’emblée avec ce que je savais (ou ce que je pensais savoir…) sur la Corée du Nord. Ainsi, contrairement à ce que certains médias prétendent, avec un minimum d’organisation il est tout à fait possible de se rendre dans ce pays. Il est également possible de prendre des clichés sans que ces derniers soient systématiquement contrôlés et soumis à approbation. Mais il y a cependant quelques contreparties, et notamment celle d’être accompagné par un guide officiel nord-coréen et de respecter plusieurs règles précises que l’auteur nous expliquera dans l’introduction de son livre.

Tout au long de l’ouvrage, Jordy Meow va donc livrer son expérience de la Corée du Nord, constituée de nombreuses photos entrecoupées de textes explicatifs.

Corée du Nord escale photographique

Au niveau des photos, Jordy alterne entre des portraits, des clichés urbains (bâtiments, rues, routes) et des paysages. Au niveau des bâtiments, on sera bien évidemment assez abasourdi par le gigantisme et l’aspect original de certaines constructions, comme le monument de la fondation du parti des travailleurs ou encore l’arche de la réunification.

On notera également la présence récurrente des portraits des dirigeants successifs de la Corée du Nord au fil des clichés. Jordy illustre particulièrement l’importance que ce pays accorde aux événements fondateurs de son histoire moderne, mais aussi au culte de la personnalité de ses leaders.

Au niveau des paysages, ce sont bien souvent des champs que nous allons voir dans le livre. Rien de bien impressionnant mais comme le souligne Jordy, la Corée du Nord est un pays agricole qui a beaucoup usé de la déforestation pour subvenir (tant bien que mal) à ses besoins; et les champs sont donc monnaie courante là-bas.

Enfin, c’est par le dernier type de photos, à savoir les portraits d’habitants, que Jordy Meow va le plus nous séduire. En effet, sans mise en scène particulière, Jordy a réussi à « capturer » des instants de vie parfois saisissants durant son court séjour.

Les photos présentant des enfants ont été pour moi les plus jolies, et j’ai été plus particulièrement charmé par le cliché des pages 96 et 97, dans lequel on voit un petit garçon, tout sourire, enlacer un camarade dans la rue. La photo faisant partie de la séquence consacrée au cirque de Pyongyang, on peut penser que le sourire du bambin est dû au bon moment qu’il a passé dans le cirque, mais l’on ne peut pas en être sûr, et c’est sans doute ce qui fait tout le charme de cette photo, qui met en exergue le sujet en éludant totalement son environnement (qui est flou). Au final, on est définitivement « attrapé » par le sourire sincère et innocent de ce jeune enfant.

Au niveau des textes, Jordy Meow va alterner entre plusieurs discours. Il nous livrera parfois des anecdotes bien particulières, et à d’autres moments, il nous donnera l’historique de tel lieu ou bâtiment présenté dans les pages qui suivent. Il nous précisera également les grandes étapes de son voyage, comme l’obtention du visa, l’arrivée en Corée du Nord, le vol du retour…

Le chapitrage du livre se fera en fonction des lieux visités. On aura ainsi deux grandes parties, « A Pyongyang » et « En dehors de Pyongyang », et chaque partie sera constituée de plusieurs chapitres, un par lieu ou monument. Si ce choix est au demeurant satisfaisant, j’aurais personnellement plus apprécié une structure fondée sur le temps, avec un chapitre pour le jour 1, un autre pour le jour 2… et ainsi de suite. Cette manière de faire aurait eu le mérite de ne pas souligner la nette différence de taille entre la partie consacrée à Pyongyang; qui occupe les trois quarts de l’ouvrage; et la partie consacrée aux lieux situés en dehors de la capitale nord-coréenne, qui est malheureusement trop courte à mon goût.

L’omniprésence de clichés à l’intérieur de Pyongyang est d’ailleurs le seul défaut que l’on peut trouver à ce livre. Si la qualité des photos ne peut être à aucun moment remise en cause, il aurait peut-être été plus judicieux d’appeler le livre « Escale à Pyongyang », tant la capitale coréenne y occupe une place prépondérante… et ce alors même que ce pays (d’après ce que j’ai pu lire dans divers documents consultés dans le cadre de l’élaboration de cette chronique) ne peut-être uniquement résumé par sa capitale et recèle apparemment d’autres lieux magnifiques et / ou dignes d’intérêt, comme les monts Kumgang par exemple.

En conclusion, malgré la petite réserve mentionnée précédemment, Corée du Nord – Escale photographique est un très bon livre qui a le mérite de s’intéresser à un pays méconnu, qui n’attire les projecteurs sur lui qu’à cause des dérives politiques de ces dirigeants successifs. La force du livre de Jordy Meow est justement de ne pas être un ouvrage politique, mais bel et bien un livre de photographies qui nous permettra d’en savoir un peu plus sur sa capitale et la vie de ses habitants, si l’on prend bien évidemment le temps de s’attarder sur chaque cliché.

(Critique de www.manga-news.com)

Présentation de l’éditeur

Un reportage photo dans un des pays les plus fermés au monde, la Corée du Nord. Jordy Meow nous propose une visite « touristique » des plus singulières et nous emmène là où les journalistes et photographes de presse sont persona non grata. Une balade de la Chine, en passant par Pyongyang, jusqu’à la ligne qui sépare les deux Corées : la DMZ.

Biographie de Jordy Meow

Jordy Meow vit et travaille au Japon depuis 5 ans. Il est spécialisé dans la photo d’exploration urbaine (urbex) et visite des centaines de lieux insolites abandonnés au Japon et en Europe. Il est le créateur du site haikyo.org qui fait référence en la matière. Très actif dans la communauté des photographes urbex, son travail est régulièrement cité sur internet. Il s’est rendu trois fois pour des reportages sur l’île de Gunkanjima et fait partie des rares français à avoir pu explorer cette île interdite. (Source : Issekincho)

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